Pour moi, le discours de Bob Chicoine du film Les Boys est l’une des scènes incontournables du cinéma québécois. Je pourrais bien vous la décrire avec autant d’énergie, mais on dit bien qu’une image (dans le cas-ci une vidéo) vaut bien mille mots? Pour les nostalgiques ou pour celles ou ceux qui veulent comprendre la référence → https://www.youtube.com/watch?v=dQHhinKxC_0
Ici, je veux parler d’un sujet délicat: les difficultés érectiles lors des rapports sexuels avec un.e tiers.ce partenaire. Les causes sont multiples, mais une, particulièrement, soulève consternation, remise en question et honte chez ceux qui possèdent un pénis et je parle du …stress!
Avant d’aller sur la glace, je veux préciser un point: le but de cet article n’est pas de diagnostiquer et/ou de traiter la dysfonction érectile. Ça, je le réserve aux gens qui pratiquent la psychothérapie. Plutôt, je veux vous montrer comment le plus gros organe sexuel, soit le cerveau, a la force de catalyser ou de pulvériser la sexualité…incluant l’érection.
Bienvenue, lecteur·rice, à la pause sexologique!
Vous ai-je parlé de Lucas?
Lucas a 23 ans. Il a commencé à dater son amie de classe au CÉGEP, Annabelle. Vous devriez les voir, ils semblent fous l’un et de l’autre. Ils sont toujours ensemble. Les regards qu’ils s’échangent, les projets qui s’enchaînent… Tout roule comme sur des roulettes, sauf que….
En séance, Lucas est désespéré. Les 2 mains qui couvrent son visage: “Je l’aime tellement! Je la trouve désirable…quand je l’embrasse et que je suis dans ses bras, je sens mon érection. Il est là, mais à chaque fois que je viens pour aller plus loin avec Annabelle, je tombe en panne. Au début, je me disais que ça va passer, mais là, ça empire. Mes pensées n’arrêtent plus de se bousculer dans ma tête. J’essaye de les ignorer, mais cela ne marche pas. Quand j’obtiens enfin une érection, je focus toute mon attention pour ne pas la perdre. Tu comprends? Annabelle m’a dit l’autre fois que j’étais tellement dans ma tête qu’elle a senti que j’étais loin d’elle. Pis quand ça marche…il m’arrive des fois de rusher la pénétration. Pis quand ça ne marche pas, bin je ne me sens pas bien et je me réfugie à l’autre bord du lit…le plus loin possible. Ce qui me fait ch*er, je n’ai pas ce problème quand je suis seul, avec la porno”.

Notre cerveau ne veut pas notre bonheur…
Pour comprendre Lucas et possiblement plusieurs autres personnes, il nous faut revoir les concepts de biologie. L’évolution du cerveau est bâtie par étage, soit du bas vers le haut. À la base du cerveau, on retrouve les fonctions vitales nécessaires à notre survie. On parle alors de la digestion, du processus respiratoire, de la coordination, du cycle du sommeil et bien d’autres. En progressant vers le haut, il y a d’autres structures du cerveau qui se greffent à la base. Parmi ces dernières il y a une structure sous forme d’amande qui est l’amygdale ou le siège de l’âme pour reprendre une citation populaire. Cette structure joue un rôle de radar à détecter les menaces externes et internes et déclenche la juste réponse adrénergique de survie (fight/flight/freeze). C’est entre autres grâce à cette structure que l’espèce humaine a pu survivre aux conditions les plus…particulières de la préhistoire. Puis, on continue vers le haut du cerveau où l’on retrouve les capacités supérieures qui nous permettent d’effectuer les processus mentaux complexes…comme d’écrire cet article ou de faire notre liste d’épicerie ou de finalement choisir de commander du resto pour écouter notre film favori.
Il existe deux modes dans notre cerveau:
- Mode repos et digestion (système parasympathique) → Je suis en sécurité.
- Mode survie (système sympathique…pas si sympa des fois) → Je suis en danger.
Le premier mode, celui du repos, est responsable de la fonction de la détente. C’est ce mode qui nous permet de digérer, dormir et d’accomplir des tâches complexes ou d’apprécier un moment. Cet état est d’ailleurs le meilleur pour aborder des sujets sensibles avec son ou sa partenaire, car elle nous permet d’avoir une posture d’écoute empathique. Surtout, c’est le mode essentiel afin d’initier des activités sexuelles.
Lorsque notre radar à menace, notre joyeuse amygdale, détecte une menace réelle ou potentielle ou perçue, elle sonne l’alarme. C’est alors que se déclenche le mode survie qui se traduit par une réponse de stress. Cette dernière est l’injonction des glandes surrénales dont l’objectif a pour but d’offrir au corps toutes les ressources nécessaires pour nous aider à affronter une menace réelle ou potentielle ou perçue (vous allez comprendre, prochainement, pourquoi j’insiste ici): regain d’énergie/diminution de la douleur/augmentation de la force et de l’endurance physique et…, face à un certain seuil d’intensité… l’annihilation totale de la réponse sexuelle, incluant la lubrification vaginale et l’érection (qui voudrait avoir une érection pour combattre un mammouth?). Lesdites hormones se connectent aussi à diverses régions du cerveau afin d’être prêtes à affronter la menace et les régions de la régulation émotionnelle et de l’apprentissage sont alors mises sur pause (Vous comprenez maintenant comment les discussions sensibles avec votre partenaire peuvent parfois, partir en vrille).

Bref, là où les choses deviennent intéressantes, c’est que le cerveau priorise les fonctions des étages inférieurs à ceux des étages supérieurs. Qu’est-ce que cela veut dire? Face à une menace, réelle ou potentielle ou perçue, le cerveau va littéralement highjacker (prendre le dessus sur) nos habiletés cognitives complexes pour mobiliser nos ressources vers notre survie. Ce qui veut dire que notre cerveau n’est pas programmé pour nous rendre heureux…mais pour assurer notre survie.
Vous aimez le C.I.N.É? … Pour l’amour du stress… je vous recommande…Sofia Lupien!
Il existe 2 catégories de menaces
- Absolue (menace universelle pour la majorité des êtres humains): Peu de menaces absolues subsistent actuellement dans nos sociétés…à quand la dernière fois où vous vous êtes retrouvés nez-à-nez avec un grizzly?
- Relatif (dépendant et fluctuant selon individus) : C.I.N.É. Le C.I.N.É est un acronyme qui regroupe les différentes formes de stresseurs qui peuvent avoir une influence sur notre perspective vis-à-vis d’une menace réelle ou potentielle ou perçue.
Le C représente le niveau de contrôle (par exemple, le niveau de contrôle qu’une personne peut avoir sur son érection).
Le I représente le niveau d’imprévisibilité (par exemple, la possibilité d’avoir ou non une érection avant une expérience sexuelle).
N représente la nouveauté (par exemple, est-ce que la première fois que la personne vit une perte érectile ou c’est la 10e fois?)
É représente la menace à l’égo (par exemple, la honte et la culpabilité que peuvent ressentir certains hommes face à la perte de l’érection).
Évidemment, chaque personne a un niveau de tolérance/sensibilité sur chacune de ces variables. Il est constaté que la présence de plusieurs aspects du C.I.N.É augmente l’intensité de la menace réelle ou potentielle ou perçue.
Le modèle de dualité de la sexualité
Il existe, aussi, 2 états dans le cerveau soit la réponse sexuelle active (système d’excitation sexuelle) et la réponse sexuelle inactive (système d’inhibition sexuelle). Les 2 états subsistent en alternance et non simultanément. Le mouvement de traction peut être d’ailleurs flagrant. L’état est surtout dépendant du contexte et du momentum (Encore le contexte ? Toujours le contexte!).
Alors qu’est-ce qui se passe pour Lucas?
So far! On sait que le cerveau est un radar qui détecte les menaces, qu’importe si cette menace soit réelle (le mammouth ou le tigre aux dents de sabre) ou potentielle (anticiper l’appel de son patron) ou perçue (par exemple une pensée du genre: vais-je être en mesure d’avoir une érection avec Annabelle), la réponse est la même: sonnez l’alarme! Il y a une menace qui se profile à l’horizon! Dès lors, la réponse physiologique va préférer l’activation du mode survie et donc, activer la réponse inactive de la sexualité, et affecter le processus érectile. Conséquence? C’est le serpent qui se mord la queue: l’anticipation et les pensées associées à la peur de perdre l’érection déclenchent la réponse de stress qui réduit la réponse sexuelle active. À cela, on ajoute aussi les affects négatifs, la perte de confiance en soi et bien d’autres…tout pour rendre le contexte, vachement moins plaisant. D’ailleurs, la réponse sexuelle peut être si intense, qu’elle peut même entraver les effets de la médication pour l’érection (Encore! Qui a besoin d’une érection pour combattre un tigre aux dents de sabre dans la savane?). Même après plusieurs générations d’évolution, notre cerveau est encore Hardwired ainsi.
Alors comment se fait-il que ça fonctionne lorsque Lucas est seul? Bonne question! et je vais répondre par une autre question:
- Quelles sont les différences entre la sexualité de couple ou relationnelle et la sexualité solitaire?
- Pour une piste de réflexion…comparez les contextes entre les 2.

Ce que j’observe chez les hommes, c’est comment la performance sexuelle ajoute une dimension supplémentaire au phénomène renforçant, plus souvent, le stress que la détente.

Comment? À travers une déconnexion de soi, une sexualité orientée vers la technicalité et le rapport vis-à-vis du plaisir qui devient dépendant à la dureté de l’érection. Avec le temps, cette spirale a aussi un effet sur le désir sexuel, amenant certains hommes à se détourner de toute forme de sexualité et d’intimité pour éviter l’intensité qu’ils peuvent ressentir comme le sentiment d’échec et de culpabilité. Bref, la dureté du mental…pis içitte présentement, il y en a pas mal plus que l’on pense du mental! (Bob Chicoine)
Passe-moé la puck pis j’vas en compter des buts!
Les colocs
Après un match de hockey, plusieurs aiment se retrouver dans un endroit pour cool down. Cette activité, loin d’être anodine, reste similaire au moment de célébration que nos ancêtres partageaient, jadis, après une journée de chasse, avec un bon steak de mammouth. Alors, pourquoi ne pas faire pareil avec la sexualité?

Le tableau ci-haut, inspiré par Nagoski, représente les phases de stress afin de réduire l’intensité de la puck de stress, avec une tierce phase: la célébration/le retour au repos!
Loin de vouloir minimiser le phénomène, je vous propose de revoir cette situation comme une opportunité…à participer plutôt qu’à performer. Donc, avant de retourner sur la glace, je vous propose quelques réflexions et outils qui puissent favoriser votre période de récupération. Je réitère que je ne prodigue pas de traitement, mais plutôt de nouvelles stratégies afin de jouer en équipe plutôt que dans son coin…
- Réduire le rythme…et ne pas ‘rusher’ la pénétration
- Souvent, la perte de l’érection est un moment fatidique durant les expériences sexuelles. On le sait maintenant, la perte de l’érection peut être perçue comme une menace qui se potentialise par le C.I.N.É. Le premier conseil est de ralentir le rythme et de laisser le corps et l’esprit prendre un moment pour se détendre avec votre partenaire.
- La douleur non consentie est l’un des aspects de la sexualité qui impacte négativement toutes les sphères de la sexualité. ‘Rushé’ la pénétration est parfois provoquée par un désir de compléter la sexualité qui sous-tend une vision de réussite et de performance vis-à-vis de la sexualité. Ralentir est déjà un bon moyen pour éviter de se retrouver dans cette situation.
- Se tourner vers l’autre au lieu de se détourner…
La perte de l’érection est, pour plusieurs joueurs, signe d’échec et se retirer est parfois une façon d’éviter d’entrer en contact avec sa propre vulnérabilité. Or, il est possible de se tourner vers l’autre comme moyen, d’une part, de compléter le processus de stress et d’entrer dans cette vulnérabilité qui peut rehausser la connexion et rehausser le contexte érotique. - Au jeu!
La perte d’érection, due au stress, peut être aussi un moment de revoir les scripts de votre sexualité à travers le jeu et la créativité. Vous pouvez aussi mettre de l’emphase sur les sens, excellent moyen de galvaniser la présence attentive, réduire la pression et de renouer avec le plaisir. - Respirer….
La respiration est un bon moyen pour ramener le mode survie au mode repos et digestion. Il existe une pléthore de moyens pour y parvenir. De mon côté, j’aime bien l’application RespiRelax, c’est en français et c’est gratuit (le lien se retrouve à la fin du texte) - Rencontrer….tiens un.e. sexologue
Certains sexologues, en relation d’aide, sont habilités à pouvoir vous accompagner dans ce processus et à trouver des moyens alternatifs pour revamper votre sexualité. Les sexologues qui pratiquent la psychothérapie peuvent aussi vous aider avec des plans de traitement ciblés.

Cet article n’aurait pas existé sans les informations précieuses que l’on retrouve dans les livres suivants:
Desire: An inclusive guide to navigating libido differences in relationships (Mersy et Vencill, 2023)
Come as you are (Nagoski, 2015)
Le lien pour l’application → https://appsantementale.ca/thematiques/stress-anxiete/respi-relax-plus
Au plaisir!





