Histoire personnelle : ma colère ne me servait pas comme je le pensais.

Avez-vous déjà fait l’expérience de vivre des regrets, de la honte ou de la culpabilité après avoir exprimé de la colère ?

Vous êtes-vous ensuite demandé pourquoi il en était ainsi ?

Laissez-moi vous raconter comment je me suis rendu compte que ma façon d’exprimer ma colère ne me servait pas comme je le pensais.

Il y a plusieurs années, j’étais dans une relation dans laquelle je n’étais pas bien. Pour une raison personnelle, je m’obstinais à y rester et je n’étais pas capable de prendre la décision de partir.

« Je l’aime », que je me répétais pour justifier ma décision. Mais la réalité est que, même si j’aimais vraiment cette femme, je n’arrivais pas à être en paix dans cette relation. Nous avions une dynamique bipolaire, des hauts incroyablement vivifiants, suivis de crises importantes que je ne voyais jamais venir et, tout ça, au quotidien. J’étais mêlé, parce que je n’étais pas habitué à vivre un tel chaos.

La majorité de nos chicanes étaient reliées à l’argent. Elle voulait reproduire le modèle parental de la mère au foyer qui s’occupe des enfants, même si nous n’en avions pas. Moi, je voulais construire une vie de couple moderne où les deux membres coopèrent et partagent équitablement selon les besoins. Nous ne nous entendions pas, c’était évident.

Je devais régulièrement réitérer ma demande qu’elle se trouve un emploi pour au moins combler ses besoins minimaux, mais elle résistait et je restais seul avec mon besoin et ma colère. Quand elle se décidait enfin à le faire, l’argent lui filait entre les mains et je finissais quand même par devoir assumer beaucoup trop de charges du couple. À cela s’ajoute une différence importante de culture reliée aux dépenses. Moi, très économe, qui planifiais le budget par insécurité financière. Elle, qui ne planifiait rien à l’avance et faisait des achats compulsifs et spontanés. Je me rappelle qu’en sortant de l’épicerie, la facture comptait souvent plus d’articles achetés sur le coup que de ceux sur la liste, ce qui attisait aussi ma colère. Je percevais que cela mettait en péril l’avenir de notre couple. J’ajoute encore une chose, la propension de mon ex-conjointe à me dire ce que j’avais besoin d’entendre pour me calmer, mais sans passer à l’action. Il n’y avait donc rien qui changeait, c’était le statu quo insatisfaisant.

J’avais des limites dans ma capacité à vivre mon monde émotionnel et à m’en faire un allié. Je me disais: « ça va passer » ; « elle va finir par comprendre qu’on ne peut pas bâtir un couple solide avec ce genre de comportements »… je rationalisais ma souffrance. En réalité, je me sentais étouffé et je n’arrivais pas à m’exprimer pour me faire entendre ni à demander de l’aide pour sortir de cet espace de souffrance que je m’infligeais à moi-même, en choisissant toujours de rester, tout en le reprochant à ma conjointe. J’étais donc de plus en plus en colère, et je n’arrivais plus à la maîtriser. J’ai commencé à faire des crises à chaque petit événement parce que j’avais un trop-plein et, la nuit, mon système nerveux était tellement surchargé que je sursautais dans mon sommeil, jusqu’à ne plus toucher le matelas.

Cette dynamique a duré plusieurs années et je ne comprenais pas pourquoi j’y étais pris ni comment en sortir. Je vivais « le jour de la marmotte ».

Un homme sérieux avec des lunettes et une barbe sous une lumière douce, symbolisant un moment de contemplation ou de lutte intérieure avec la colère.

L’événement qui m’a amené à réaliser qu’il m’appartenait de travailler ma colère a été ces mots prononcés par ma conjointe :

« Tu es malade, tu as besoin d’aide ».

Ouf ! J’ai dû prendre quelques minutes pour me calmer après les avoir écrits, car c’est encore sensible même si c’est arrivé il y a plus de 15 ans. Je n’étais pas de tout d’accord avec cette affirmation. J’étais en colère et j’avais besoin qu’elle soit prise en compte dans ma relation pour rectifier les situations qui étaient insatisfaisantes pour moi. Mais, à ce moment, j’ai compris que je n’étais pas entendu, peu importe que je crie plus fort ou que je frappe la table avec mon poing pour marquer ma colère. En fait, j’ai réalisé que plus l’expression de ma colère s’amplifiait, plus ça jouait contre moi.

Après avoir pris conscience de cela, j’ai tout de suite trouvé un thérapeute pour m’aider à travailler l’expression de ma colère. En vous partageant ce récit, je souhaite marquer l’importance de se responsabiliser de l’impact que l’expression de notre colère a sur nos relations, plus spécifiquement notre relation de couple. Combien de fois voyons-nous des conflits de couples monter en épingle parce que la colère de l’un est mal canalisée, alors que la source du conflit est souvent bénigne.

Se responsabiliser de nos actions et en assumer les conséquences est une étape essentielle pour trouver la satisfaction de nos besoins. Avant de prendre conscience que ma façon d’exprimer ma colère ne m’aidait pas, j’étais persuadé que plus je l’exprimais avec force, plus j’étais écouté, reçu et respecté par ma partenaire. J’étais loin de la réalité, mais j’ai tranquillement appris, avec la thérapie, à maîtriser cette colère et à modifier mon comportement.

Réalisant que ma colère me pénalisait dans sa forme d’expression actuelle, je me suis refusé à l’exprimer devant elle à l’avenir. Je n’étais pas encore décidé à rompre à ce moment. J’ai donc commencé à réfléchir à des stratégies pour continuer jusqu’à ce que je voie clair. Celle qui m’a le plus aidée a été de m’engager à prendre conscience quand ma colère s’activait et à la recevoir. Ensuite, je me suis engagé à ne rien dire aussi longtemps que j’étais dans cet état. Alors, pour arriver à rester en relation avec ma conjointe, je visualisais des racines qui sortaient de mes pieds et qui s’ancrent dans le sol pour me donner de la solidité. Je me croisais ensuite les bras pour montrer ma fermeture à ce qui ne me convenait pas et je la regardais droit dans les yeux, tout en me connectant sur l’énergie de ma colère. Ça a été très efficace et j’ai rapidement vu le comportement de ma conjointe se modifier à son tour.

Cela a duré une année avant que je prenne la décision de quitter la relation. La plus grande leçon que j’ai apprise de cette expérience est que le choix d’un ou d’une partenaire est primordial pour développer une relation harmonieuse. J’ai pris mon temps pour choisir une partenaire qui porte des valeurs qui rejoignent les miennes, ainsi qu’un tempérament compatible.

Dans ma relation de couple actuelle, qui est beaucoup plus harmonieuse, je n’accumule plus de colère pour éviter qu’elle n’explose. Quand je l’exprime, je m’assure de toujours respecter ma conjointe et de parler de mon vécu et de mes besoins. Si, par malheur, je l’exprime défensivement, je n’hésite pas à prendre ma responsabilité et à m’excuser auprès d’elle.

Il est important de dire que la colère elle-même est une émotion très utile dans nos relations. Elle nous sert à nous faire entendre et à nous affirmer avec conviction, ce qui est souvent nécessaire pour se développer de manière congruente à nos besoins. La colère est donc une énergie qui nous permet de nous affirmer.

Elle est souvent vécue lorsqu’on estime qu’il y a des choses importantes pour nous à corriger dans une relation et que nous avons besoin que cela se fasse. Toutefois, elle peut aussi donner l’effet inverse si elle n’est pas maîtrisée ou canalisée correctement. Lorsqu’elle n’est pas conscientisée et orientée pour répondre à nos besoins, elle risque de nous détruire. Et cela vaut autant pour les hommes que pour les femmes. À vous de décider comment vous l’utilisez.

En terminant, voici quelques informations pour vous aider à reconnaître quand il serait important de prendre du recul et, probablement, de consulter un.e professionnel.le pour vous aider à mieux gérer votre colère :

  • Quand vous commencez à voir que votre colère a un impact négatif sur vos relations. Ce constat peut venir de plusieurs façons différentes, comme un proche qui vient vous en parler directement, ou tout simplement quand vous constatez que l’expression de votre colère ne porte pas les fruits escomptés.
  • Quand, après avoir exprimé votre colère, vous commencez à vivre des émotions douloureuses comme de la honte ou de la culpabilité. Prenez le temps de recevoir ces émotions et de vous demander si votre colère vous sert comme vous le pensez.
  • Quand vous vous retrouvez à vivre des conséquences désagréables dans divers contextes, comme des mesures disciplinaires au travail ou des amis qui ne vous invitent plus à cause d’un événement où vous avez exprimé votre colère publiquement, de manière inadéquate.

Si vous pensez avoir besoin de travailler votre colère, je vous invite fortement à communiquer avec moi pour prendre un rendez-vous et explorer votre relation à la colère. Ayant déjà passé par là, je suis convaincu de pouvoir vous aider.

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article écrit par:
Frédéric Labelle
TRA, Thérapeute en relation d’aide par l’ANDC®
Services offerts
  • Thérapie individuelle adultes

  • Thérapie polyamour et relations non-conventionnelles

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