Vous êtes-vous déjà demandé où se situe la limite qui sépare un usage sain et un usage problématique de la pornographie? Si oui, est-ce…
- La fréquence (par jour/semaine/mois)?
- La durée (par séance) ?
- Le type de contenu?
- De payer ou non pour en regarder?
- De se masturber ou non ?
- [ ajouter votre propre question] ?
La révolution des INTERNETS!
Avec l’avènement du World Wide Web, l’accès à la pornographie s’est répandue au même beat que celui d’Internet. Aujourd’hui, quelques secondes suffisent et hop! on a accès à un choix quasi illimité de contenus servi dans un large éventail de médiums ( chatroom, app., textes, images, vidéos, sons, porno interactif…). Maintenant, avec l’IA il est désormais possible de personnaliser, aux détails près, ce que la personne veut consommer selon ses désirs du moment.
Seul besoin: un appareil électronique pouvant se connecter sur le triple W. pour trouver le triple X.
Fini l’achat de revues pornographiques dans les magasins à journaux. Fini le moment fatidique de passer à la caisse avec les revues, soucieux.ieuses d’être jugé par le.a commis…les anciens.nes s’en souviendront.

Introduction
Je crois que nous sommes nombreux.euses. qui, un jour, se sont posé la question: Qu’est-ce qui compose cette frontière qui sépare un usage sain d’un usage problématique de la porno? Nombreux.euses, (dû moins, lorsque la question est soulevée en séance) semblent avoir une conception inachevée de la question, laissant planer une incertitude latente qui, parfois, soulève davantage de questionnements que de réponses concrètes.
Si c’est votre cas, je vous rassure, la science a aussi de la difficulté à trancher sur le sujet!
C’est pour cette raison que j’ai décidé d’écrire cet article, notamment afin d’enrichir votre réflexion. À cet effet, je vous propose qu’on regarde:
- Les raisons qui expliquent pourquoi il peut être difficile de répondre à cette question
- Identifier des repères pour mieux vous aider dans votre réflexion
- Avoir du plaisir
Comme chacun a sa propre expérience, je vous invite à prendre ce qui vous est utile et laissez de côté ce qui ne fait pas de sens pour vous.
Finalement, je précise que cet article n’a pas pour objectif de relancer le débat pro vs antipornographie (le débat existait bien avant l’arrivée dans nos vies de l’Internet… et, encore une fois, les ancien·nes s’en souviendront) ni de porter un jugement sur les personnes qui consomment de la porno. ou non.
Bienvenue, lecteur·rice.x, à la pause sexologique!!
C’est quoi de la pornographie?
Définir ce qu’est la pornographie est un casse-tête. Après tout, pratiquement n’importe quoi peut susciter, chez une personne, un intérêt/excitation sexuelle: un match de soccer, observer le voisin tondre la pelouse, un échange de regards dans l’autobus ou même (la célèbre) section des sous-vêtements du catalogue Sears dans le coin des pages 130 à 145… oui, les ancien·nes s’en souviendront aussi.
Alors, comment départager le tout ?
La littérature scientifique s’entend généralement sur 3 composantes permettant d’effectuer le tri sur ce qui est considéré comme de la pornographie ou non:
- Un contenu distinct axé sur la sexualité:
→ organes génitaux/activités sexuelles et/ou érotiques - Produit avec une intention spécifique
→ soit qu’il est clairement entendu la vocation dudit contenu. - Dans l’optique de générer un effet
→ soit une excitation/intérêt à la sexualité.
Si on reprend le tout, la pornographie serait tout matériel (auditif/écriture/visuel…) qui met en avant des actes sexuels et/ou des organes génitaux (contenu distinct) dans le but (intention) de provoquer/stimuler une excitation sexuelle (effet) auprès de la personne qui consomme ledit matériel (Magill, 1995 dans Corneau. S. 2025).
La section de la lingerie dans le catalogue Sears ne ferait donc pas partie de cette définition…( je le sais, c’est matière à débat! Ce n’est pas moi qui à fait les règles)
Saviez vous que…
Au moment où j’écris ces lignes, il n’existe pas de Dx. officiellement reconnu de dépendance à la pornographie ni le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5), ni dans la Classification internationale des maladies (CIM) de l’Organisation mondiale de la Santé (Gerymski et Cisek, 2023).
Cette absence dans les manuels de référence ne se veut pas à downplay le problème ou la souffrance de certains.es. Plutôt, elle indique une absence d’un consensus sur la définition même de qu’est-ce qu’une dépendance à la pornographie (de Alarcón et al., 2019; Duffy et al., 2016).
L’un des points chauds du débat, entre les chercheurs.euses, est le point de bascule entre une consommation accrue à une consommation réellement problématique de la pornographique et les seuils semblent varier d’une étude à l’autre.
Alors, si les chercheurs.euses. ont des difficultés à déterminer ce point de bascule, je ne m’imagine pas que cela doit l’être pour M. et Mme. tout le monde. Il est donc normal de se gratter le fond de la tête et de se dire:
- Où se trouve cette limite?
- Est-ce que ma consommation est saine, préoccupante ou alarmante?
- Comment le savoir au fond?

Comment définir cette frontière entre un usage sain et problématique alors?
La recherche semble se mettre d’accord autour de certains points qui permettent de départager cette limite entre une utilisation saine d’une utilisation problématique de la pornographie. Parmi ceux-ci, ils notent:
- des tentatives répétées, mais infructueuses, pour diminuer ou cesser la consommation;
→ La personne essaye d’arrêter mais c’est difficile, voir impossible; - un temps important consacré à la recherche ou à la consommation de pornographie malgré les conséquences négatives;
→ La personne priorise la porno. au détriment des activités quotidiennes (changer les pneus/ faire les courses), de son travail, de ses relations interpersonnelles. - une modification de l’humeur;
→ La personne devient de plus en plus irritable/perte de patience/difficulté à attendre les moments de gratification. - l’apparition de conflits interpersonnels liés à cette consommation;
→ Si la personne devient irritable, il est probable qu’elle va vivre des frictions avec ses amis.es /collègues/partenaires/membres de la famille - des répercussions sur d’autres sphères de la vie comme le travail, les études, le couple ou la famille (Fernandez et Griffiths, 2021 et Messier-Bellemare et Corneau, 2015).
→ La personne peut prioriser la porno. que son travail/sa famille/ses amis.es.
D’autres conséquences rapportées sont:
- replis sur soi-même/ l’isolement social
- des problématiques au niveau érectile chez certaines personnes;
- l’émergence de difficultés sur le plan relationnel et sexuel, dont avec son. sa partenaire dont:
- perturbation du désir sexuel
- insatisfaction sexuel, notamment avec partenaire
- diminution ou une perte d’intérêt pour les relations sexuelles avec un.e. partenaire (Rothman, 2021; Sergerie et Corneau, 2017).
Si on regarde les critères, on remarque que la notion de fréquence n’est pas coupée au couteau. Plutôt, les critères mettent en lumière l’état de la souffrance sous-jacente, une perte de contrôle au point où la personne n’est plus en mesure (ou difficilement) d’arrêter volontairement le comportement et les conséquences négatives de son usage tant pour soi-même qu’avec son entourage (Grubbs, Perry et al., 2019; Rothman, 2021 dans Corneau. S. 2025).
La perspective de Paula Hall
La psychothérapeute Paula Hall a étudié la dépendance à la pornographie. Dans son livre Understanding and treating sex and pornography addiction et elle met l’emphase sur l’état recherché, que le comportement (regarder de la porno.), au cœur de ce qui définit la dépendance. Selon elle, la pornographie serait un véhicule parmi les autres (alcool, drogue, jeux, le travail…) duquel la personne va tenter de rechercher un état anesthésiant ou hédonique dans l’optique d’éviter d’entrer en contact avec certaines émotions et/ou procurer un soulagement temporaire.
Bien sûr, nous engageons tous, à certains niveaux, des comportements en vue de nous distraire de nos bibittes dans nos têtes. La pornographie, parmi ses multiples usages, en fait partie.
L’enjeu de son usage se pose lorsque l’utilisation devient disproportionnée au point où, à nouveau, le comportement commence à avoir des répercussions sur les éléments cités un peu plus haut.
Un peu de Brain juice!
Le ‘craving’ est une composante centrale de la recherche sur la dépendance. Le ‘craving’ se définit comme un désir intense à faire un comportement spécifique.
C’est, entre autres, le neurotransmetteur de la dopamine qui crée cette intensité à rechercher le plaisir. La dopamine joue un rôle dans le circuit de la récompense, plus précisément comme le moteur motivationnel qui nous pousse à agir.
La dopamine est particulièrement sollicitée en contexte de nouveauté et à l’anticipation (à ceux qui recherchent relancer le désir sexuel…). Avec les avancées de la technologie, il est facile de voir comment la pornographie, avec son inventaire astronomique, peut venir titiller cet aspect de nouveauté:
- À cet effet, je me demande avec l’IA et la personnalisation du contenu selon son goût, s’il y a (ou non) un impact sur le système de récompense? Qu’en pensez-vous?
Un autre aspect est la présence de la désensibilisation. Chez certaines personnes qui engagent des comportements de consommation (pouvant être considérée comme) excessive, il est plausible qu’un phénomène de tolérance s’installe progressivement.
- Comment? Par répétition, la dopamine emprunte les mêmes canaux cérébraux, ils renforcent, mais surtout épuisent, ces mêmes canaux et réduisent les autres canaux périphériques qui peuvent procurer du plaisir.
- Effet ?: Le plaisir peut s’émousser, notamment dans la sexualité, mais aussi dans les autres sphères de la vie quotidienne, comme le sport, flatter un animal, manger une crème glacée vanille rhubarbe, regarder les Ents de Fangorn détruire Isengard après la bataille du Gouffre de Helm (les anciens.nnes s’en souviendront…) et bien d’autres (Paula Hall, 2012 et en 2019).
Ainsi, plus que la personne en veut et agit et moins elle peut en tirer du plaisir (Kühn et Gallinat, 2014; Wéry et Billieux, 2016 dans Corneau. S. 2025).
On recap…
So far, on a critérié qu’est-ce qui compose un matériel pornographique, soit:
- Contenu distinct;
- Produit avec intention;
- Dans le but de créer un effet précis;
Ensuite, nous avons vu qu’il n’existe pas, à ce jour, une définition claire et commune dans la littérature scientifique de ce qui définit précisément une dépendance à la pornographie…pas étonnant que nous soyons peut être perdus nous aussi…
À la place, la littérature met en phase sur 3 aspects:
- une difficulté à contrôler le comportement
- la présence d’une détresse sous-jacente
- les impacts d’une consommation, sur soi et sur les autres
Cette manière de voir la ligne qui sépare d’un usage sain ou problématique permet de dépasser une vision uniquement quantitative (fréquence et/ou durée) pour considérer d’autres facteurs, comme la présence et l’intensité d’une souffrance/ les relations interpersonnelles/ la place que prend la porno.
Paula Hall soulève l’aspect de l’effet recherché (anesthésiant ou hédonique), notamment dans l’optique de fuir les émotions ressenties. Reconnaître cet aspect ajoute une dimension supplémentaire à votre réflexion.
Elle fait mention, aussi, du ‘Craving’ et de la dopamine dans le circuit de la récompense. Elle met en lumière la neurobiologie qui explique comment un usage accru de la pornographie peut amener une désensibilisation/accoutumance qui impacte le plaisir et ce, à tous les niveaux.
Matière à réfléchir
J’espère que ces informations vous ont été utiles. Je le sais… si la science ne permet pas de répondre à la grande question (est-ce que ma consommation de porno. est saine ou problématique ?) au moins elle nous engage sur des pistes de réflexion, qui je le souhaite, soit intéressante.
Je vous invite à faire une liste des effets positifs et négatifs de votre consommation de porno. et ensuite de répondre aux questions suivantes:
- Parmi les informations partagées, lesquelles résonnent le plus avec vous et lesquelles ont le moins de sens pour vous?
- Pourquoi?
- Parmi les éléments que vous avez mentionnés, lesquels vous préoccupent et lesquels vous apportent de la satisfaction dans votre sexualité?
- Maintenant, seriez-vous en mesure de clarifier où se situe, pour vous, la limite entre un usage sain et un usage problématique?
- Si oui, quels éléments vous permettent de clarifier cette limite?
La plupart des études citées proviennent des extraordinaires livres de référence ci-dessous:
- Simon Corneau, Pornographies que l’on retrouve notamment au Book store de l’UQAM.
- Paula Hall a écrit intensivement sur le sujet de la dépendance, particulièrement celle de la pornographie.
Je vous les recommande si vous aspirez à en savoir plus sur le sujet.
Autrement, chez Divan Bleu, nous avons des thérapeutes et des sexologues avec qui vous pouvez prendre contact pour pousser vos réflexions à un autre niveau…
Au plaisir!




